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Matia, Séquences: Génocide, flash-backMatia, Josiane R. "Séquences: Génocide, flash-back." Le Quotidien Mutations (9 Juin 2005). Hôtel Rwanda, histoire poignante, quoique contestée, d'un homme qui sauve 1200 personnes. L'Afrique a connu l'un des épisodes les plus sanglants de son histoire avec le génocide rwandais. Mais le plus grave est sûrement l'indifférence dans laquelle ces massacres ethniques entre Hutus et Tutsis ont eu lieu. C'est seulement dix ans après que la communauté internationale commence à prendre la mesure de ce qui s'est passé au Rwanda en 1994. Et le film Hôtel Rwanda participe de cette dynamique. Pour ne pas oublier, pour que chacun comprenne qu'il y avait quelque chose à faire pendant cette guerre et que personne, ou presque, n'a rien fait. Paul est gérant de l'Hôtel des Milles collines, un établissement haut-standing Belge dans lequel se côtoient touristes, hommes d'affaires, hommes politiques et militaires à Kigali, la capitale du Rwanda. Mais dans le pays, règne une ambiance de haine raciale qui tourne au drame : les Hutus se lancent dans l'extermination systématique des Tutsis. Confronté à cette situation, le jeune homme doit protéger sa famille à tout prix. Mais très vite, il se retrouve à héberger un millier d'hommes, de femmes et d'enfants, Hutus et Tutsis confondus, dans son hôtel. Face à une telle reponsabilité, il doit faire preuve d'ingénuosité pour les garder en vie. Aussitôt le générique de fin terminé, la première chose qui vient à l'esprit est que Don Cheadle, dans le rôle principal, est tout simplement superbe. Il impressionne par sa sobriété et sa subtilité. Au début du film, il n'est qu'un Africain qui fait aveuglément confiance à ses patrons européens. Et au fur et à mesure, il prend conscience, et le public avec lui, qu'il est seul au monde et son pays aussi. Il va donc falloir se débrouiller sans l'aide de personne. Tous autant qu'ils sont, les acteurs portent haut ce film. Que ce soit Nick Nolte qui incarne magnifiquement le désarroi des soldats de l'Onu qui assistent, impuissants aux massacres. Ou encore Joaquim Phoenix, en journaliste qui tente de montrer le plus d'images possibles avant d'être obligé de partir. Tiré d'une histoire vraie, Hôtel Rwanda évite de tomber dans le genre documentaire et montre à quel point il est difficile de composer avec des faits réels. Le film se permet de poser des questions essentielles sur le déroulement de ce génocide : qui, comment, pourquoi? Mais les réponses à ces questions ne se trouvent pas dans le film. Le réalisateur irlandais Terry Georges a choisi de ne pas prendre parti dans cette histoire : juste évoquer un épisode sombre de l'histoire de l'humanité. C'est peut-être l'une des faiblesses de ce long métrage de deux heures. Le spectateur n'a que la version de Paul Rusesabagina et on peut avoir quelques doutes. Comme Phil Taylor, journaliste enquêteur au Tpir (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Face au plébiscite du film à travers le monde, il s'inscrit en faux. Il rejette en bloc la thèse évoquée dans Hôtel Rwanda et dénonce une opération de propagande ne cadrant pas avec la réalité et les faits. Dans un article paru dans le magazine Africa International (N°385), il refute notamment l'idée selon laquelle le vice-président de la milice Interahamwe, Georges Rutaganda, a participé à l'appel au massacre des Tutsis. "Les créateurs du film Hôtel Rwanda ont tout inventé. Pourquoi? Parce que la vérité serait un obstacle à la grande et noble cause de l'ingérence humanitaire", a-t-il conclu. On ne peut pas s'empêcher par moments de comparer Hôtel Rwanda à certains films de guerre américains. Mais, mensonges ou pas, on ne peut que sortir bouleversé d'une séance comme celle-là .
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