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de Saint Exupéry, L'attitude ambiguë de la Francede Saint Exupéry, Patrick. „L'attitude ambiguë de la France.“ Figaro (30 Mars 2005). Onze ans après les faits, l'histoire d'un «juste» rwandais est, pour la première fois, livrée au grand public. Patron de l'hôtel des Milles Collines, un établissement géré en 1994 par la compagnie Sabena (aujourd'hui défunte), Paul Rusesabagina a sauvé, au prix de grands risques, plusieurs centaines de vies durant le génocide des Tutsis du Rwanda. De cette histoire, tragique, belle et humaine, le film nous conte l'essentiel. Trois mois durant, en un infernal huis clos, les hôtes du Mille Collines vécurent assiégés au coeur d'un pays emporté par la froide déraison d'un génocide. Le propos tient tout entier dans le rôle du directeur de l'hôtel, bouclier contre les tueurs. De politique, d'analyse et de questionnement, il n'est pas question, si ce n'est loin, en arrière-plan. Un épisode rattache pourtant l'histoire du Mille Collines à la virulente polémique qui oppose encore aujourd'hui Paris à Kigali. Durant les cent jours du génocide (800 000 morts), il fut une journée où l'assaut de cet hôte, programmé par l'armée rwandaise et les milices, aurait dû être donné. Si celui-ci fut évité in extremis, ce fut grâce – des témoignages en attestent – à l'intervention téléphonique d'un haut responsable français qui, joignant la haute hiérarchie militaire rwandaise lancée dans l'entreprise du génocide, parvint à la convaincre d'annuler l'assaut programmé. Plusieurs fonctionnaires parisiens conçurent alors de cet épisode une rage certaine. Certains parmi eux le firent savoir en s'interrogeant ouvertement sur ce qui leur paraissait être un double discours de Paris. Leur exposé fut bref. Voilà un génocide sur lequel nous n'avons officiellement aucune prise, notèrent-ils. Puis de constater : nous sommes pourtant en mesure d'influencer ses bras armés. De s'interroger alors : qu'en conclure ? ... La question du rôle de la France reste toujours d'actualité. Lié à l'hôtel des Mille Collines, l'épisode tout juste cité n'est – et de loin ! – ni le plus accablant ni le plus problématique du dossier. Des livraisons d'armes en passant par l'engagement militaire français dans les années prégénocide à la logique de l'opération «Turquoise», lancée près de trois mois après le déclenchement de la machine de mort, la barque est très lourdement chargée. Pour se dédouaner du soupçon, voire de l'accusation de complicité, de nombreux hauts responsables politiques français en fonction à l'époque ont usé et usent encore d'un argument jugé imparable : la France, disent-ils, a été la première à reconnaître en mai 1994 la réalité du génocide au Rwanda. Ce qui est parfaitement exact. Mais ne suffit pas, loin de là . Car en affirmant, dès mai 1994, soit un mois après son déclenchement, qu'il se déroulait un génocide au Rwanda, Paris – sous couvert de dénoncer – restait en réalité dans la plus totale ambiguïté : le génocide n'étant pas qualifié, n'étant pas celui des Tutsis du Rwanda, il n'y avait alors aux yeux de la France ni victimes ni coupables, juste un déchaînement de violences aveugles dans lequel victimes et coupables se confondaient allégrement. Conséquence de cette vision au minimum pour le moins confuse, un ministre des Affaires étrangères de la République pouvait encore se permettre voici un an de faire mention des «génocides» qui se seraient déroulés au Rwanda, un pluriel à valeur de négation pour le seul et unique «génocide» qui se soit produit : celui des Tutsis rwandais. Onze ans après, le dossier n'est toujours pas clos. Les mises en cause de la politique menée par Paris se multiplient même. «Nous avons donné à manger aux tueurs», accusait récemment dans Le Point l'une des figures mythiques du GIGN. Participant à l'opération «Turquoise», chevalier de la Légion d'honneur, Thierry Prungnaud raconte également qu'à son retour à Paris et alors qu'il proposait au ministère de la Défense de donner les noms «de gens qui ont fait des massacres», on lui rétorqua de «fermer (s)a gueule».
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